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17/03/2005 Séminaire : Les architectes et le climat
Evénement proposé pour le réseau par Martine Tabeaud
  • Date : 17/03/2005
  • Lieu : EHESS - 105 bd Raspail 75006 Paris troisième étage, salle 10
Description complète :
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intervenants
Murielle Sultana, designer, et un bio-architecte


Compte-rendu
Séminaire du 17 mars 2005

Climat, architecture et urbanisme


Intervenants :

Climat et architecture écologique
Lourdès Malvido, architecte spécialiste en architecture écologique et en architecture de terre, absente pour raison de santé, a préparé une présentation sur powerpoint et a été remplacée par un des ses collaborateurs de l’association Espace et Vie, Lorenzo Robles, spécialisé sur les mêmes domaines.
lou.malvido@wanadoo.fr
lorobles55@hotmail.com

La ville, les citadins et les intempéries : création en design industriel
Muriel Sultana, étudiante en design industriel. Pour l’obtention de son diplôme, elle a rédigé un mémoire intitulé “la valse des météores” et prépare un projet de création d’un objet industriel sur le thème de la ville, des citadins et des intémpéries.
muriel.sultana@club-internet.fr



Comment l’architecture et l’urbanisme prennent en compte le facteur climatique ? En observant quelques constructions récentes, on peut se le demander. L’accès à la bibliothèque François Mitterrand est un modèle du genre. Située en bord de Seine, l’esplanade, dénuée de tout abri, est constamment éventée. À la moindre goutte de pluie, le sol est si glissant que des rampes ont dû être ajoutées. Le climat est-il ignoré lorsqu’il s’agit des villes et des constructions ?


La prise en compte des facteurs climatiques dans l’architecture écologique et les architectures de terre

Lorenzo Robles/Lourdes Malvido

Dans les projets d’urbanisme, le calcul du nombre de logements et des services à fournir passe effectivement avant l’orientation du soleil et des vents. Mais il est impossible aux architectes de ne pas prendre en compte le facteur climatique : la température, la pluie, le gel, la neige, le vent sont déterminants. On ne construit pas de la même façon dans des climats froids ou chauds. On tient compte du climat pour l’ossature du bâtiment, l’épaisseur des murs, la résistance des matériaux, la résistance des canalisations et celle de la charpente (surtout si le toit doit supporter le poids de la neige), la présence ou l’absence de balcons, de double-fenêtres, de vérandas,... Quel que soit le mode d’architecture, avec ou sans architecte, le climat ne peut pas être oublié. Il y a cependant de bons et de mauvais architectes, et surtout des contraintes dans les projets architecturaux, fixées par les décideurs et les bailleurs de fonds.

La principale critique que l’architecture écologique, dite également architecture bioclimatique, porte à l’architecture conventionnelle actuelle est le choix des matériaux. La plupart des constructions est actuellement réalisée en béton, un matériau dense qui ne respire pas, qui est froid en hiver et chaud en été. De telles constructions nécessitent donc une importante utilisation de chauffage, et éventuellement de climatisation. Elles poussent à une grande consommation d’énergie, plus encore dans les immeubles ou les tours en verre. La fabrication même du béton est très consommatrice d’énergie (“énergie grise”). L’industrie manufacturière est le 3e émetteur de gaz à effet de serre en France. Le matériau est difficile à démolir et n’est pas recyclable, contrairement aux matériaux naturels. Le béton a été inventé à la fin du XIXe siècle et utilisé en France à partir du début du XXe siècle, mais surtout après la seconde guerre mondiale. Dans la première moitié du XXe siècle, la majorité des constructions urbaines était en briques. Le béton présente des avantages indéniables pour la réalisation de ponts ou de viaducs, mais n’était pas indispensable dans la construction d’immeubles. Il permet de monter des murs beaucoup plus rapidement avec une main-d’œuvre plus réduite. Son usage, ainsi que celui du verre, s’est généralisé en fonction des intérêts de lobbys industriels. Ce qui a mené à la construction de tours dans diverses villes du monde, symboles du pouvoir économique. Le pouvoir politique, lui, s’exprime dans des constructions qui s’étendent à l’horizontale, comme le château de Versailles, plutôt qu’à la verticale. Le choix des matériaux est économique et politique. Il doit favoriser l’industrie. La croissance des villes du monde développé est aujourd’hui basée sur des critères de spéculation, avec des énergies fossiles et non renouvelables et des matériaux qui polluent. Plus ou moins agréables à vivre, elles peuvent générer chez les habitants du stress, des maladies, des psychoses...

Le béton ou le ciment sont actuellement devenus le modèle de référence urbain dans de nombreux pays en voie de développement, bien que mal adaptés aux climats méditerranéens ou tropicaux. Surtout, les gens qui disposent de moyens limités construisent des maisons avec des murs peu épais, qui isolent très peu de la chaleur, et des toits en tôle.

L’architecture bioclimatique s’appuie sur un autre point de vue. Elle se base sur les architectures traditionnelles, mais aussi sur de nouvelles technologies. Elle prend en compte les facteurs climatiques pour la construction du bâtiment et également la notion d’économie d’énergie. C’est une architecture consciente. Elle est tout d’abord consciente des besoins des êtres vivants qui l’habitent, au niveau de la santé (soigner l’air intérieur des locaux), de la psychologie de l’espace (les formes et les couleurs), du confort thermique (conception bioclimatique), du confort acoutisque (éviter le stress dans la relation aux autres). Elle est aussi consciente des problèmes d’environnement en général, par le choix des matériaux, car les biomatériaux participent à la fixation du CO2 par un processus de construction non polluant, par les apports énergétiques qu’elle reçoit (soleil, pluie, vent), par les déchets qu’elle produit : une biomaison de 100 m2 (ossature bois, isolation en fibres naturelles, toiture végétalisée) stocke 37 T de CO2, tandis qu’une maison en parpaings en produit 44 T. L’architecture bioclimatique est enfin consciente des sociétés humaines et des cultures auxquelles elle est liée. Elle préconise de savoir lire et respecter les formes et typologies architecturales anciennes, de valoriser la main d’œuvre plus que l’achat de matériaux et de valoriser le temps de travail envers la qualité du rendu. La démarche est moins technologique, plus orientée vers l’humain. Dans les villes du monde développé, les habitants ne touchent plus la Terre, ne vivent plus accordés avec les rythmes du Ciel. Avec l’architecture écologique, il s’agit de retrouver la sagesse naturelle qui permet de réaliser des constructions en harmonie avec la Terre et le Ciel, comme le font encore beaucoup de gens dans le monde, mais surtout dans des régions en marge du développement. Certaines sociétés ont même développé des écrits sur l’harmonie des constructions, comme la Chine avec le Feng Shui.

Autrefois, en France, la pierre de taille était surtout réservée aux bâtiments de prestige et même la brique était plutôt destinée aux constructions urbaines. Comme dans d’autres parties du monde, les paysans construisaient leur maison sans architecte, simplement avec l’aide d’un maître d’œuvre ou d’un maçon, s’appuyant sur un savoir-faire traditionnel. Selon les régions, on construisait en terre, en pierre ou en bois, avec des matériaux prélevés localement. Les maisons, les villes ou les villages sont par conséquent en harmonie avec le paysage, en ont la même couleur. La plupart de ces constructions est parfaitement en accord avec le climat local. Les constructeurs n’ont fait qu’agir avec leur bon sens. Si des maisons étaient inconfortables, c’était plus par pauvreté ou manque d’hygiène. Pendant longtemps, par exemple, peu de maisons paysannes ont eu des vitres aux fenêtres, car le verre était extrêmement coûteux. Bien aménagées, ces constructions sont beaucoup plus confortables que celles en béton, car les matériaux respirent.

Il existe de nombreux types d’habitat traditionnel bien adaptés au climat : les maisons normandes, en terre et bois, dotées “de bonnes bottes” (un soubassement en pierre) et “d’un bon chapeau” (un toit haut qui laisse s’écouler la pluie), les kasbah marocaines, en terre, qui protègent à la fois du froid et de la chaleur, ... Un exemple qui a porté à discussion est celui de la yourte, constituée de trois épaisseurs de feutre entre lesquelles l’air circule. Est-ce une architecture ? la discussion a opté pour le oui, car cet habitat nomade est même devenu sédentaire dans des villes mongoles où l’espace est divisé en parcelles appropriées.

La terre est le matériau le plus économique et le plus recyclable, elle conserve très bien la chaleur et protège aussi bien du froid. Non seulement des maisons paysannes, mais aussi des châteaux ont été construit en terre, par exemple dans le Dauphiné. Il existe différentes techniques: pisé, torchis, briques de terre crue. Dans le monde en général, probablement la moitié des constructions sont en terre crue. Certaines architectures traditionnelles sont particulièrement renommées, comme les mosquées du Mali ou les immeubles de Sanaa, la capitale du Yémen. Ce type d’architecture est très ancien, les constructions de la Mésopotamie et de la civilisation de l’Indus étaient déjà en terre. Contrairement aux matériaux industriels, la terre est à la portée de tous, n’est pas difficile à manier. Les réfections d’un bâtiment en terre ne sont pas non plus très coûteuses s’il est régulièrement entretenu. Si un bâtiment est détruit, la terre qui a servi à le construire peut être réutilisée. Tout cela va totalement à l’encontre de la logique économique actuelle. Un bâtiment en terre n’a pas la dureté d’un bâtiment en béton, mais il peut tout autant durer dans le temps, et surtout il participe au développement durable. En France, la construction en terre n’est pas enseignée dans les écoles d’architecture conventionnelle, mais uniquement dans une école à Grenoble, Craterre, qui bénéficie d’un certain renom, et délivre un diplôme spécifique au bout d’un an de formation. De nombreux architectes bioclimatiques préconisent l’emploi de la terre (mêlée à de la paille) ou des bottes de paille avec ossature de bois recouvertes de terre.

Des exemples de réalisations architecturales ont été présentées. Dans la plupart de ces constructions, on construit une verrière vers le sud et/ou une vitre contre un mur (“mur-trombe”), afin de capter et d’emmagasiner la chaleur du soleil. Du côté nord, on place un garage ou un cellier qui isolent le reste de la maison du froid de l’extérieur. Du côté des vents dominants (souvent l’ouest ou le nord-ouest en France), on plante un bosquet pour protéger la maison. L’énergie vient en partie de panneaux solaires (plaques photovoltaïques), d’une éolienne (avec aérogénérateur) ou d’une mini-centrale hydraulique. Le chauffage est souvent réalisé par une cheminée liée à un poêle de masse (typique de l’Europe centrale dont l’Alsace) qui diffuse la chaleur et peut produire de l’eau chaude. Dans les régions chaudes, on peut creuser un “puits provençal” au nord de la maison, qui capte l’air frais, passe à 1 ou 2 m sous terre sur une vingtaine de mètres puis entre dans la maison, créant une climatisation naturelle. Le toit est en tuiles romaines ou en ardoise selon les disponibilités régionales, éventuellement en tuiles au sud et en ardoise au nord. Le coût de ce type d’habitat est moins élevé. L’économie est surtout réalisée sur les matériaux. Par contre elle demande plus de main d’œuvre, ce qui est le contraire des maisons en béton ou préfabriquées.

Cela représente un avantage indéniable pour des pays en voie de développement où la main d’œuvre est moins chère. Lorenzo Robles a ainsi réalisé des constructions de bâtiments privés et collectifs (école, hammam, gîtes, ...) au Maroc. Des ONG, telles qu’Akaras qui intervient au Niger, utilisent l’architecture de terre dans leurs projets de développement.

Ce type de réalisations architecturales est encore minime en proportion. En France environ 100 maisons sur 10000 sont construites de cette manière. Mais depuis 15 ans, ce type de construction a meilleure presse. Auparavant il suscitait beaucoup de méfiance. Un certain nombre de gens, pour l’instant assez instruits, s’y intéressent. Des informations sont diffusées sur internet, dans des salons d’exposition, parfois même à la télévision.



“La Valse des Météores” : comment harmoniser les modes de vie, les modes de ville et les intempéries? Un projet de création en design industriel

Muriel Sultana

Les grandes villes sont le théâtre d'une routine quotidienne qui caractérise le mode de vie des citadins. Les intempéries perturbent cette routine et influent sur le comportement de la population, bien qu’elle n’en soit plus dépendante. Les manifestations météorologiques font partie de notre imaginaire et de nos représentations sociales, mais la place consacrée au rêve, à la poésie et à notre imaginaire est de plus en plus restreinte dans l'univers urbain. Le mode de vie citadin (code vestimentaire, habitat, transports, objets, espaces urbains) entraîne le fait que la population n'est jamais vraiment en harmonie avec les variations météorologiques. Pourtant les phénomènes de ce genre ne vont cesser de se produire voire d'augmenter en amplitude et en fréquence, du fait de l'évolution de notre climat.
Alors… Comment harmoniser les modes de vie citadins et les variations météorologiques qui le rythment en exploitant le pouvoir poétique des symboles inhérents aux intempéries ?


Résumé du mémoire “La Valse des Météores” (2005)
L’Homme a appris à maîtriser une grande partie de son territoire, à construire des cités, à s’imposer sur Terre. Il ne peut cependant passer outre aux conditions climatiques qui font partie de son quotidien. Les intempéries participent au rythme de nos villes et le caractère aléatoire des météores - pluie, neige, grêle - influe sur nos comportements et certaines de nos activités.

Les activités liées à la nature ont perdu du terrain et les dernières décennies ont vu naître une inadaptation grandissante des systèmes urbains aux événements climatiques exceptionnels. La société dans laquelle nous vivons aujourd’hui est rationnelle, rigide et cadencée par des contraintes qui lui sont propres.

La place consacrée au rêve, à la poésie et à notre imaginaire sont de plus en plus restreintes dans un univers citadin en expansion. Les villes sont le théâtre de routines quotidiennes et d’activités centralisées. Nous habitons, travaillons et nous divertissons en ville, nos déplacements sont multiples et plutôt courts. Il y a plusieurs modes de vie urbains, chacun ayant une structuration de comportements et de rythmes différents. Le cadre citadin dans lequel nous évoluons induit des codes de vie excluant les éléments naturels. La population urbaine n’est jamais vraiment en harmonie avec son environnement extérieur, car celui-ci varie en permanence alors que nos routines sont répétitives.

Nous nous sommes maintenant en grande partie affranchis des caprices du ciel, mais le climat nous affecte toujours. Tour à tour complice ou ennemi, il reste présent dans notre quotidien et parfois bien plus que nous le pensons.
Les intempéries touchent directement nos corps, en les agressant ou en leur faisant du bien. C’est une relation très personnelle qui s’instaure. Chacun réagit physiologiquement et psychologiquement à sa manière, en étant plus ou moins sensible au froid, aux courants d’airs, en étant affecté ou pas par la grisaille des jours pluvieux.
De plus, nos comportements sont en partie issus d’une culture sociale. A nos propres expériences antérieures s’ajoutent celles plus anciennes de nos familles, de nos villes, régions ou pays. Inconsciemment, c’est un savoir ancestral que nous portons et que nous enrichissons.
Le temps qu’il fait accompagne et inspire tous nos modes d’expression, le langage, la musique, la peinture, il agit aussi sur nos sens et pimente notre quotidien de sensations particulières. Cet univers symbolique ne semble pourtant pas participer à notre relation concrète avec les intempéries. Considérons les comme un des rares moyens d’expression de la nature en ville et approchons les sous un autre angle.

A travers mon travail, j’aimerais encourager la sensibilité de chacun en recréant une relation harmonieuse avec les intempéries. L’objectif de mon projet est de nous amener à voir les intempéries non plus comme des perturbations de notre rythme mais, comme des moments précieux, propices à l’émotion.


Le projet de création d’objet
Le projet consiste en la création d’un objet, à priori un mobilier urbain, dont l’élaboration et les matériaux seront à définir. La réflexion a porté jusqu’à présent sur sa fonctionalité et a exploré diverses possibilités.

La pluie est peu appréciée par les citadins, qui lui préfèrent la neige. Pourquoi ne pas créer des matériaux qui réagiraient à la pluie et la transformeraient en neige ? L’arc-en-ciel est aussi perçu comme agréable. Pourquoi ne pas en faire apparaître après chaque pluie ? Mais aussi, “la pluie, c’est la vie”. On pourrait faire pousser des choses sur les parapluies, changer des couleurs, créer une harmonie de rythme entre les gens et les intempéries.

Trois notions sont mises en avant :
1. L’éphémère. L’averse est éphémère. Pourquoi ne pas profiter de ce moment, en créant, par exemple, un objet qui naît et qui meurt avec elle, faire éclore des objets, cueillir des parapluies, objet qui peut se prêter et circuler à chaque averse. Il existe ainsi au Japon des parapluies qu’on emprunte à l’entrée de magasins et qu’on replace à une autre entrée lorsque l’averse est finie.
2. Statique/mobile. Des objets pourraient se mettre en marche lorsqu’il se met à pleuvoir, ce qui remonterait le moral .
3. Le contraste. On peut imaginer des lunettes ou des lumières qui réagissent aux intempéries. On peut provoquer un arc-en-ciel, source d’émerveillement, récompense après la pluie.

Il pourrait se passer un évènement poétique quand il pleut, une animation qui se met en mouvement, un parcours visuel, mobile, poétique, musical, avec des bornes de surprise dans la ville, auxquelles les habitants pourraient être abonnés, une fresque, une musique qui s’anime, un objet, un message, des indicateurs de température, un pluviomètre, un baromètre, une girouette,... créant l’instant, le bonheur.


Conclusion

Les intervenants ont montré que les habitants des grandes villes et des pays développés tendent à oublier leur lien avec les éléments naturels. Même s’ils ne sont plus dépendants du climat, ils doivent le prendre en compte. Celui-ci reste aussi présent dans leur imaginaire. Rien ne sert d’aller à l’encontre du climat, mieux vaut se le concilier. Tant l’expérience du passé que la créativité humaine sans cesse renouvelée ouvrent encore de grandes possibilités sur les moyens de le faire. C’est dans ce sens que vont leurs projets et leurs réalisations.


 
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